Depuis plusieurs jours de grisaille et d’enfermement entre 4 murs, on part voir la boule de feu et le ciel bleu, pour réussir à porter les yeux sur un vrai horizon, bref, la vraie vie quoi ! On y va tranquille, avec une Momiflette qui avance à 2 à l’heure et qui s’octroie des pauses régulièrement. Au moins on a le temps de profiter du paysage !
On rejoint un groupe de barges à queues noires qui discutent : on se croirait plus qu’un jour de marché, à une sortie de lycée du vendredi soir, avec les petites demoiselles qui échangent sur leurs sorties du WE à venir, tout en gloussant quand Jason passe en les fixant après avoir vérifié que ses cheveux étaient correctement décoiffés. Et oui, Jason, comme beaucoup de jeune contemporain, passe beaucoup de temps à ajuster sa sculpture capillaire strictement déstructurée, c’est très important. Bref, revenons à nos barges, pas si barges que ça d’ailleurs, puisqu’elles ont opté pour des plumes, elles ont un souci en moins, ne fréquentant ainsi jamais le coiffeur. Alors que Momi les observe l’œil rivé dans son viseur, un groupe de… comment dire, un groupe de… bruyants, oui voilà, c’est ça, bruyants. Il y a Mr Bruyant, Mme Bruyant et plein de copains qui se promènent dans une réserve naturelle, qui semblent concernés par la nature, mais qui ne peuvent pas s’empêcher non pas de parler, mais de brailler. J’enfonce la tête dans les épaules, je pause la main sur l’épaule de Momiflette tendue comme un arc prêt à tirer pour l’apaiser. « OOOOoooooOOh des OOIiisEeeeEEaaUUuUUX! » « C’est quoiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii? » « Ce sont des bécasseaux. » « Ah oui, c’est beau un bécasseau. Hi hi hi! » « Mais nooooooooon, ce sont des chevaliers. » « OoOooOOh c’est beau les chevaliers. » « Mais c’est un chevalier gambette ou aboyeur? » « Bah gambette, pffffffffffff, il a le bec rouge! » « Waouh, c’est beau un chevalier gambette. Mais je dis que ce sont des bécasseaux. » « Mais regarde, y a une spécialiste là avec un matériel de dingue, il suffit de lui demander… »… « Mais regarde, y a une spécialiste là avec un matériel de dingue, il suffit de lui demander… » … « Mais regarde, y a une spécialiste là avec un matériel de dingue, il suffit de lui demander… ». Momi cette fois sert les dents. Une inspiration, une expiration, elle ne bronche pas. C’est vrai, c’est pas sympa. Mais pour de vrai, je suis plutôt d’accord avec elle. Un minimum de respect pour le lieu, les animaux, et accessoirement les gens qui y sont tranquilles… Puis un « bonjour », si on pousse un peu plus le bouchon, pourquoi pas un « excusez moi de vous déranger… » pousserait volontiers la donzelle à un échange aimable. Elle aurait pu expliquer, que ce n’est pas le matériel photo qui fait d’une photographe une ornithologue. OK, Momi est passionnée de photo, elle est passionnée par la nature, elle est passionnée par la faune. Mais elle n’a aucune formation à ce niveau. Elle a plus un regard curieux, de découvrir, d’essayer de comprendre, d’observer… puis en rentrant à la maison, de chercher les pourquoi des comment qu’elle n’a pas capté. Alors oui, par expériences et recherches, elle sait quelques petites choses, mais elle n’a rien d’une spécialiste. Et tu sais quoi, elle ne cherche pas à le devenir. Continuer d’apprendre à son rythme au rythme de ses observations et de ses recherches lui va bien. D’autant que tous les deux, on aime avant tout raconter des histoires. Parfois, c’est pour de vrai, parfois c’est pour du beurre.
Alors tu veux en savoir plus sur notre manque de sérieux sur le sujet impulsé par cette petite mésaventure? Je vais te raconter une vraie histoire… Vraie, fausse? Bah une histoire quoi !
Il était une fois dans un moment calme (après la tempête quand le groupe a fini par partir), Kiki et la princesse Momi dans leur royaume des Bisounours qui profitent d’un cadre magnifique. Alors que Momiflette a pris l’option une branche cassée comme repose fesse, je reste moi même debout pour essayer de voir les barges au dessus de l’herbe, tout en se fondant discrètement dans le décor à distance raisonnable pour ne pas déranger tout se petit monde. Et oui, ce n’est pas facile d’être un petit singe de 15 cm. Et soudain, Momi tourne la tête et tout aussi frénétiquement l’objectif. Elle vient d’apercevoir une spatule, qui comme à son habitude, avance en balayant la vase de son bec… Elle est là, seule, à son rythme, dans son cercle définissant son espace vital, et progresse à son rythme en nous jetant de temps à autres des coups d’œil impassibles.
Quand soudain, un goéland juvénile lui emboite le pas. Dans un premier temps, la spatule fait mine de ne rien savoir, et ignore le squatteur. Sauf que ce dernier a faim. Alors il rejoint l’échassier et lui fait comprendre que là, il faudrait s’activer en cuisine, parce qu’un ado, quand ça a faim, ça devient juste pénible. Il fait des efforts, hein, il observe et tente même de faire comme elle, en l’imitant. Tu sais, c’est comme l’ado de la maison qui déboule de sa chambre : « Maman, j’ai faim. On mange à quelle heure? » « Oh là, je viens juste de commencer la cuisson, alors pas tout de suite! » Et gentiment, il met la pression en posant déjà la table et fait les cents pas dans la salle en marmonnant, « j’ai faiiiim, j’ai faiim… ». Tant et si bien, que tu te retournes, tu le regardes noir, tu te métamorphoses en bête sauvage, et tu lui demandes : « T’as fini tes devoirs? Ta chambre est rangée? », sous entendu, « lâche moi ». C’est exactement ce qu’il se passe devant nos yeux.
Mais c’est sans compter, le deuxième gamin qui déboule dans la cuisine. « Mamaaaaaaaaaan, j’ai faiiiiiiiiiiim ! ». Tu ronges ton frein, tu serres les dents. Tu touilles nerveusement dans la casserolle, mais rien n’y fait : « mamaaaaaaaaaaaaaaaaan, on a FFFFAAAAAIIIM ! ».
Et là, il te reste la solution ultime : partir aux toilettes, dans ce petit coin intime sans même prendre le temps d’allumer la lumière. Mais détrompe toi, les enfants ont beau avoir grandi, ils te suivent, et même ils te poursuivent. « On a faim, on a faim, on a faim… ». S’en est trop, d’une voix grave, tu égrènes de ton côté donc obscur : » JE NE SUIS PAS TA MÈÈÈÈÈÈÈRE » ! Nan, mais c’est vrai quoi, tu es bout du rouleau. Là tu voudrais plonger dans la cuvette et tirer la chasse pour disparaitre. C’est une autre option que choisit la spatule, en prenant tout simplement la fuite, par les airs, toujours poursuivi par les jeunes… Momi les suit pendant un moment et les voit s’éloigner. Mais elle cesse directement quand elle voit le splendide spectacle de l’envol de la centaine de barges. Incroyable ballet dont on ne se lasse pas. Sauf que là, la nostalgie nous rattrape. Tu te souviens de Benny Hill? Tu sais, le générique de fin, où tout le monde le poursuivait, sur cette musique emblématique par The Edwin Davids Jazz Band? Nous sommes carrément dedans. En fait, oui, les barges se sont envolées, et poursuivent également la spatule
Voilà voilà… c’est un grand n’importe quoi? Oui, mais non, parce que dans ma tête, c’est comme ça que je l’ai vu. Après, pour ma défense, je ne suis pas tout seul. Tu sais quand Momi se promène, elle voit aussi plein de trucs un peu bizarre. Regarde cet arbre brûlé. Un arbre, tout seul, du moins ce qu’il en reste. Et elle voit un crocodile prognathe. Un commentaire? Non, laisse… J’en parlerai à son psy la prochaine fois.
Toute bonne chose a une FIN, même si la FAIM m’aurait amusé. Alors comme on a un avant goût du printemps, c’est au rythme d’une trottinette qui n’a plus de batterie que l’on retourne à la voiture, tout en profitant encore et encore de la nature, et en croisant les doigts pour que la coccinelle ne se fasse pas manger par le crocodile.
À bientôt pour de nouvelles aventures. 😉
























