La semaine dernière, on m’a demandé des photos archivées depuis bien longtemps. Je te rassure, je les ai retrouvées. Comment ça, c’est pas ton problème ? Je croyais que tu étais mon ami, je croyais que quand tu venais dans mon Monde, c’était parce que tu venais prendre de mes nouvelles… Oh, mais que je suis déçu déçu, pfiou. Alors bon, je passe vite fait sur mes soucis existentiels, et je te signale que j’ai retrouvé foultitude de clichés dont certains n’ont pas été développés, faute de temps, faute de « j’ai pas grand chose, ça vaut pas le coup », « Momi m’attend avec une main en l’air, en mode faut pas toucher, parce qu’elle n’aime pas ce qu’elle vient de faire », et comme je tiens à la vie… ça reste sur des DDE, une bière à la main, oups, réflexe de Pavlov.
Tout ça pour te dire, que « tadaaaaaaaaaaaam, j’ai déterré des souvenirs non partagéééééés ». Sous vos applaudissements, profite, lâche toi, tant que je suis encore en état de t’entendre, tellement j’ai ramé au bras de fer avec la donzelle qui avait le choix de ne pas les partager. Pour de vrai, ne t’inquiète pas, elle n’est jamais méchante avec moi, bien au contraire, je suis arrivé dans sa vie en 1979, et nous sommes devenus inséparables, vois le truc. Bon, si c’est pour me dire, « oh la vache, je n’étais pas né(e) ! », bah, rien… même pas mal !
Je te résume la situation, vas y, débarrasse la table s’il te plait, je vais tout poser dessus : j’ai retrouvé des photos de l’année dernière que j’en n’ai pas développées ; j’ai obtenu le droit de faire une mini sélection de clichés de la régate Euro Breizh 2025, et je ne résiste pas à l’envie de les partager pour annoncer l’édition 2026 de cet événement. Le souci est, que je ne me souviens plus de rien sur les anecdotes de cette journée à Étel, évidemment, donc… tu sais quoi, je vais te parler d’autres choses, comme ça je ne te dirai pas de bêtise.
Il y a deux semaines, je sortais de chez le kiné, et je n’étais pas sorti de la journée. Mon taxi « Grand Tom » me dépose sur l’étang au Duc, où je fais quelques pas avant de m’asseoir sur un banc. Je laisse mon esprit divaguer, et je n’ai pas grand chose à faire à ce sujet, le plus dur est plutôt de rester concentré. Je regarde la forme des nuages dans le ciel, et y vois des personnages ; je pense aux oiseaux migrateurs qui partent ou arrivent d’horizons lointains (qui j’espère ne sont pas tous déjà barrés d’éoliennes soit dit en passant…:( ) ; je réfléchis à la probabilité qu’un moucheron m’urine dessus en survolant le banc sur lequel je suis assis ; je compte le nombre de secondes entre le passage de deux personnes devant moi… Et une petite fille vient alors s’installer à côté de moi, le regard fixe devant elle. Je me tourne vers :
_« Bonjour mademoiselle .»
_ « Bonjour petit singe. »
Oui, d’une part, elle est trop jeune pour connaître mon existence, et d’autre part, l’avantage des enfants, c’est que ça ne les interpelle pas qu’une peluche leur parle !
_ « Dis moi jeune fille, tu m’as l’air contrariée ? »
_ « Je suis un peu triste et en colère. J’ai envie d’en parler à ma maman mais je n’ose pas. »
_ « Oh mais je crois qu’on peut tout dire à sa maman. C’est si grave que ça ? »
_ « Je ne sais pas. J’ai peur de la décevoir surtout. Je lui ai demandé quelque chose, et elle a dit d’accord. Je voulais une corde à sauter, et elle m’a acheté celle que je voulais, regarde, elle est trop belle. »
_ « Mais oui, elle est magnifique, toute rose avec des paillettes, c’est au moins une corde de princesse ! Mais du coup quel est le problème de ton jeu ? »
_ « Le problème, ce n’est pas ma corde, ce sont les copines… En fait à l’école, on joue avec la corde à sauter de Louise. Elle amène tout le temps sa corde et elle la prête, parce qu’elle est trop gentille, Louise. Du coup, on joue sous le préau, parce que comme ça, quand il pleut, on peut continuer de jouer. Bon, c’est vrai c’est super bruyant, et en plus ça pue fort le pipi, parce qu’on est juste à côté des toilettes. Et comme on est trop nombreuses pour jouer, souvent on attend trop longtemps, et même des fois on n’a pas le temps de sauter avant que l’on finisse la récrée. Alors j’ai eu l’idée d’en parler à maman, et lui ai dit que ce serait une bonne idée peut être d’avoir une deuxième corde, et que plus de monde puisse jouer. Et c’est comme ça que je suis arrivée à l’école après les vacances scolaires, fière d’aider toutes les copines à jouer. Le premier jour, on s’est raconté nos vacances. Et puis les copines ont découvert ma corde. J’ai proposé de jouer sous l’arbre, comme ça on serait protégé du ballon des garçons. Et c’était trop trop bien. Mais le lendemain, comme y avait eu du vent, y avait des petites branches de tombées, et y a des copines qui ont râlé. J’ai ramassé les brindilles, certaines sont parties attendre leur tour avec Louise, et d’autres sont restées. J’ai continué parfois de venir jouer avec Louise, parce que c’est ma copine, Louise, et que j’aime vraiment jouer avec toutes mes copines, même quand ça sent le pipi, et que les cris qui résonnent me cassent les oreilles. Mais au fil des jours, les copines ne viennent plus jouer avec ma corde sous l’arbre, et préfèrent rester à côté de la porte pour remonter en classe, et elles disent que si jamais il pleuvait… Du coup, je me dis que ça sert à rien de continuer d’amener la corde, et que toute seule c’est beaucoup moins rigolo de jouer. Je suis aussi un peu en colère contre les copines, parce qu’elles adorent ma corde, mais elles critiquent la place, juste parce que l’autre jour, j’ai dû ramasser des brindilles, et c’est pas juste, parce que sous le préau, ça sent pas bon pas bon, et les garçons ils nous embêtent en criant fort pour que ça résonne… Elles croient quoi les copines, que sous mon arbre c’est tout pourri comme une vieille patate, et que là où va Louise, c’est rien que topissimo ? Bah nan, hein. Caca prout, y’en a marreeeeuuuuh ! »
_ « Woh woh woh… ma choupette, toi, tu te calmes. Faut pas se mettre dans des états pareils. Ce n’est qu’un jeu, un truc que vous partagez toutes ensemble, et en plus vous vous aimez bien ? »
_ « Mais ouiiiiiiiiiiiii, ce sont mes copines, et on rigole bien à sauter. Mais elles me cassent les pieds à vouloir toujours que tout le monde viennent sous le préau, alors qu’on pourrait être beaucoup plus intelligentes que certains adultes, juste en arrêtant de regarder les défauts, qui de toutes manières existent des deux côtés, mais de regarder les qualités de chaque lieu et de nous amuser. »
_ soupir… «Un câlin ? »
_ « Ouiiiiiiiii. »
Et là, Momiflette arrive. Elle me regarde d’un œil un tantinet jaloux, mais son sourire ne traduit que de la tendresse. Je l’informe de la situation, et la fillette enchaîne :
_ « Je vais arrêter d’emmener ma corde à sauter, mais je ne sais pas quoi faire du coup pendant la récrée, et pis j’ai peur de décevoir maman, parce que je lui ai demandé une corde, et que je n’y joue plus. »
Momi lui dirait bien de leur mettre la corde là où je pense, mais elle se reprend :
_ « Hey, tu n’y es pour rien, les gens sont comme ça bien souvent, ils tirent la couverture à soi, ne voient pas forcément l’investissement, les efforts faits, mais jugent facilement en relevant les erreurs et les défauts. Bienvenue dans la jungle des humains. Moi je vois que ta corde est magnifique, j’aurais choisi la même. Alors garde la précieusement, on ne sait jamais, les gens parfois finissent par comprendre et nous redonnent envie, et parles en à ta maman comme tu l’as fait avec nous, tu n’as rien fait de mal et elle comprendra. Et sinon, pour la récrée, t’as déjà essayé le rugby ou la boxe ? »
_ « Momiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, pfff ! »
La fillette a les yeux qui pétillent. Elle regarde sa montre, serre fort sa corde, et nous salue :
_ « Merci les amis. Je dois rentrer à la maison pour parler à maman. »
Bon bé voilà, une gaminousse qui va arrêter de s’embêter à trouver des solutions pour les autres qui y trouvent des soucis, du moins je lui souhaite. Momi est un peu jalouse de sa corde à sauter, la sienne, est en plastique et verte… Mais bon, comme elle n’est pas prête d’en refaire, elle va réussir à ne pas pleurer. Parfois je regrette l’enfance, l’insouciance, la fraicheur des découvertes et apprentissages… Mais alors s’il y a bien un truc que je ne regrette pas, c’est bien cette ambiance de cour de récrée. Heureusement qu’on n’est pas comme ça, nous, les adultes ! Momi s’impatiente d’un coup, et me fait comprendre, qu’il faut rentrer à la maison maintenanT à la fin du T, parce qu’elle a du matériel à préparer pour la prochaine régate Euro Breizh 2026 (ça fait 15 mots de trop), elle est déjà en direction de l’auto, et je cours en faisant 4 enjambées quand elle n’en fait qu’une pour réussir à la rattraper… J’ai assez raconté de bêtises comme ça, reprenons un peu notre sérieux. Hop, au revoir la corde à sauter, je prépare mon maillot de bain pour Étel !
D’ailleurs, on s’y voit ou bien ? C’est samedi 14 et dimanche 15 mars 2026 à Étel. 😉
















